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Idées, informations, débats... sur le vin, l'oenologie, la gastronomie, la culture... Selon une approche tournée vers le plaisir, l'hédonisme, la curiosité et l'épicurisme.

L'éthique n'est pas en solde

Publié le 22 Août 2016 par Philippe CUQ

Régulièrement reviennent les saisons des foires au vin ou des soldes. Le battage a déjà commencé, et vous allez être soumis au matraquage de la grande distribution et des chaines industrielles. Pour les foires aux vins, je veux parler de Nicolas, en particulier, qui est en fait le cache-nez du Groupe Castel, le producteur de "La Villageoise" mais aussi des chaînes de GD : de Leclerc (le précurseur, toujours en avance pour plumer clients et fournisseurs) à Auchan (et son superbe "Pierre Chanau, http://www.berthomeau.com/article-mais-qui-c-est-ce-pierre-chanau-pour-sur-un-gros-vigneron-qui-inonde-les-foires-aux-vins-48152597.html) ou Intermarché, tous sont sur les rangs pour vous fourguer quelques pépites (parfois un peu détournées) dans un flot de vinasse industrielle.

Pour avoir quelques éléments sur ces célèbres foires, je vous recommande l'écoute de cette émission de France Inter. C'est bref, ça pique un peu, c'est Nicolas Demorand, et du coup, ça éclaire autrement quelques idées reçues et ça donne le point de vue de divers professionnels et amateurs.

Quant aux soldes, c'est un peu le même principe : vendre apparemment moins cher un produit industriel qui de doute façons ne vaut pas le prix affiché, même remisé.

L'éthique n'est pas en solde

Ceci dit, il n'y a ni soldes ni foire aux vins dans Le Lieu du Vin, le magasin que j'ai créé il y a bientôt trois ans au 3 avenue Gambetta, dans le 20ème parisien, dans lequel Anne m'a rejoint depuis un bientôt un an et Joanna vient régulièrement donner un coup de main.

Et à cela il y a plusieurs raisons. En voici quelques-unes...

J'ai crée cette cave avec un souci éthique qui m'amène à pratiquer des prix honnêtes. C'est à dire des prix qui rémunèrent le travail des vignerons, qui rémunèrent le mien (même si c'est encore difficile), et nos investissements à tous deux. On essaie de proposer des vins que nous aimons à des prix qui restent accessibles pour les clients (ce qui signifie par exemple que je ne spécule pas sur certains vins, voire que je ne répercute pas toutes les augmentations en cas de soucis ponctuel d'un vigneron). Ceci dans le but de permettre à chacun de vivre correctement de son métier et de rendre accessible au maximum de personnes les plaisirs d'un bon vin, à partager entre amis. Cela nous amène à avoir un choix important entre 6 et 15 euros, même si nous proposons des Pomerol, Clos Saint-Denis et autres Châteauneuf-du-Pape qui dépassent allègrement ce budget. Mais ce sont des prix justifiés, à notre humble avis, et pas stratosphériques !

Nous privilégions, avec les vignerons comme avec mes clients, la recherche d'une relation durable. Il n'est pas question que je mette la pression sur un vigneron pour qu'il baisse ses prix et que je puisse afficher une remise sans en supporter les conséquences. Il n'est pas question que je fasse des pseudo-réductions sur des vins que je vendrais trop cher le reste de l'année, ou pire, que j'augmente mes prix de 30% avant d'afficher une réduction de 25% (si, si, je vous assure, ça se fait... comme la célèbre promotion par paquets de trois plus chère que d'acheter trois fois le même produit en rayon hors promotion).

L'éthique n'est pas en solde

Nous recherchons toujours les vins les plus honnêtes possible, fait par des vignerons que j'apprécie : respectueux de leur terroir, soucieux de leur environnement et réalisant des vins sans maquillage chimique ou technologique. C'est bien meilleur pour notre santé et celle des gens qui œuvrent pour le faire. C'est plus compliqué, plus aléatoire, mais ô combien plus intéressant et plus plaisant. C'est aussi à l'exact opposé des vins de la grande distribution qui a créé ces "foires ovins" et abuse des médailles et autres collerettes, sans aucune valeur d'ailleurs, puisque vendues à ceux qui les payent pour les mettre sur leurs bouteilles...

On ne travaille pas avec des "blockbusters" qui produisent des centaines de milliers de bouteilles (voire 10.000.000 de bouteilles pour un des faiseurs les plus célèbres du sud-ouest, qui a réussi à continuer de se faire passer pour une petite exploitation artisanale) sur des centaines d'hectares. Les vins qui sont proposés à la cave, sauf rares exceptions (qui doivent le mériter), sont tous des vins de vignerons, les pieds dans les vignes et la tête dans les étoiles. Du coup, nul besoin de centaines de tonnes de prospectus papier glacé pour écouler les stocks : il y en a déjà si peu des vins de ces femmes et ces hommes passionnés...

Notez que, outre le mésestimé muscadet (à tort, comme dit dans l'émission), vous trouverez dans le Lieu du Vin tout autant des vins aveyronnais (on ne se refait pas) que des vins de Lorraine, de Corse, d'Italie, de Loire, du Sud-Ouest, de Provence, du Rhône, du Beaujolais, de Bourgogne, des champagnes (qui ne passent pas 9 mois sous les néons), d'Auvergne, des USA, du Roussillon du Portugal, de Grèce du Languedoc, d'Argentine, l'Alsace, de Savoie, du Jura, et.. de Bordeaux !

Ceci étant, les seules promotions que vous trouverez dans notre magasin portent soit sur les stocks que j'ai racheté avec le magasin (il en reste encore un peu, très très peu, peut-être 6 bouteilles en cherchant bien), soit sur des bouteilles pour lesquelles nous souhaitons faire un effort par exemple pour aider un vigneron en lui passant du volume, ou pour faire connaître une appellation que nous pensons mésestimée ou un producteur qui nous semble ne pas être reconnu à sa juste valeur.

Et enfin, ici, on fait la foire toute le temps, ou le marché, comme vous préférez... Vous savez, ces lieux ouverts où les gens viennent pour acheter de bons produits, en circuit court, en discutant, en souriant, en rencontrant les producteurs, en goûtant souvent avant d'acheter... Ici, pas de musique abrutissante sous les néons blafards des hangars de périphérie de ville et leurs hectares de goudron et de panneaux publicitaires qui essaient de voler votre "temps de cerveau disponible". Ici, on y vient pour se faire plaisir, pas par obligation. On n'y vient pas pour acheter une remise sur un produit industriel de toutes façons trop cher. On y vient pour trouver une occasion de partage et de plaisir. Pour échanger nos opinions et nos découvertes. On y vient en tant qu'humain et citoyen.

Cela fait un peu plus de trois ans que Le Lieu du Vin a ouvert et j'espère qu'il sera encore longtemps en mesure de vous accueillir pour vous faire partager ses découvertes et coups de cœur. Parce que le vin, ce n'est pas un produit comme les autres : c'est une culture et c'est du plaisir. C'est un plaisir que vous choisissez de vous faire, de partager et d’offrir sans contrainte et sans obligation. C'est pour cela que nous avons toujours le sourire.

Etre philosophe ne consiste pas simplement à avoir de subtiles pensées, ni même à fonder une école, mais à chérir assez la sagesse pour mener une vie conforme à ses préceptes, une vie de simplicité, d’indépendance, de magnanimité, et de confiance

Henry David Thoreau

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La vie, l'amour et le reste

Publié le 6 Décembre 2015 par Philippe CUQ

La vie, l'amour et le reste

Pour la sixième année, Eva (une des fées de ce monde magique du bon vin) nous offre pour les fêtes son calendrier de l'Avin : chaque jour un amateur de la toile présente un de ses vins préférés, pour cette période de préparation de fête. C'est là : http://www.oenos.net/​. Voilà ma petite contribution...

Je vous ai déjà fait part de mon approche des plaisirs de Bacchus, fondés sur le partage, l'hédonisme et évidemment l'humain. Le vin ne peut être sans l'Homme ; la destinée naturelle du raisin est plutôt de finir dans une grive ou un sanglier. Cette année, grâce à Eva encore, je vais vous parler d'un vigneron-poète et de vins-poèmes.

Cette année 2015 a vu la violence, la brutalité, le fondamentalisme et l'incompétence, le cynisme et la cupidité, l'inhumanité se rappeler à notre souvenir, près de nous, plus encore qu'avant. Chez nous. Et chez nous-mêmes, nous avons vu gonfler le ressentiment, la haine, les appels aux massacres et cette soif de vengeance à l'encontre de barbares qui prétendent eux-mêmes se venger. Nous avons vu fleurir la peur et l'inquiétude - justifiées - mais aussi l'égoïsme et l'injustice. Nous voyons l'Etat devenir chaque jour un peu plus un adversaire du citoyen. Incapable qu'il est de le protéger, il se réfugie dans ce qui résulte toujours de l'impuissance et de l'absence de projet d'avenir : le mépris, le mensonge, la violence et l'arbitraire. Faute de pouvoir enchanter le monde, nos "représentants" le martyrisent. Faute de se sentir faire partie de la communauté, de la République, ils en musellent les membres et en bafouent les valeurs.

Il me semblait bon pour cet avent de présenter quelqu'un qui représente l'exact contraire. Quelqu'un qui me semble représenter une vie plus respectueuse des autres et du monde et une économie plus collaborative et constructive que prédatrice.

J'ai eu l'embarras du choix, je dois le reconnaître. Et finalement, mon choix s'est fixé sur un vigneron qui fait quelques-uns de mes vins préférés et dont deux des cuvées se sont imposées d'évidence simplement du fait de leur noms.

Pour Pierre-Nicolas Massotte, propriétaire du clos éponyme dans le Roussillon, le vin est un nectar dont il accompagne la naissance de la vigne à la bouteille, avec respect, sans béquilles technologiques, avec patience et - il me semble - parfois avec un peu d'inquiétude, mais toujours avec émerveillement... C'est pour lui un Graal qu'il faut aider à émerger de notre Terre, un cadeau à partager. Pierre-Nicolas, après avoir été ingénieur commercial, est devenu vigneron-maïeuticien, un mot qui sonne un peu comme magicien. Et il applique maintenant son art sur un peu moins de 8 hectares, du côté de Trouillas (pas très loin de Rivesaltes) pour produire des OVNI rouges, blancs ou rosés, secs ou doux.

La vie, l'amour et le reste

Ma première rencontre avec Pierre-Nicolas, c'est par l'entremise d'un collègue - Christophe, qui tient avec Isabelle "Un midi dans les vignes", à Rennes et dont je vous recommande l'établissement sans réserve - qui m'a offert une bouteille de la cuvée Orion avant même que je n'ouvre ma cave. Avec un sourire taquin et les yeux brillants...

Cette première fois fut un peu surprenante. J'avoue avoir pris beaucoup de plaisir à cette bouteille, mais sans vraiment tout comprendre.

Un vin généreux, chargé en alcool et pourtant très buvable et pas fatiguant du tout. Avec un air naturel marqué, mais plein de vivacité, de complexité, de richesse et d'équilibre. Un vin "trop" mais dont tous les "trop" rassemblés finissent par faire un "parfait".

Est-ce un vin pour la table, pour l'apéritif ? Un vin du midi, du soir ou pour la profondeur de la nuit ? Je ne sais pas.

Ce que je sais, c'est que c'est un vin d'émotion, de partage. Un vin qui surprend, qui étonne et qui ravit. Comme toutes ses cuvées, d'ailleurs, dont les noms ont quelque chose de décalé, de poétique.

Ce vin m'a donné envie de rencontrer le vigneron. Et je dois dire qu'il est conforme à ce que j'avais imaginé : sympathique, humble, bosseur, franc... Où l'on vérifie encore que souvent, un vin correspond au caractère non seulement du terroir mais aussi de celui qui le fait.

Aujourd’hui, les deux cuvées que j'avais envie de vous montrer ont des noms d'actualité. Des noms qui réchauffent. Des noms qui sont tous les deux emplis de magie. Des noms que j'aime prononcer.

Il y a "Vie". Issu de vendange précoces qui lui ont donné sa fraîcheur, sa vivacité, ses épices, sa complexité... La vie, et puis l'amour avec "M et t'es toi", son compagnon.

Je ne développerai pas. Ni leurs assemblages, ni leurs analyses (de toutes façons, à part du raisin, du travail et du talent, il n'y a rien). Ce n'est pas le but de ce billet que de donner à lire un compte-rendu de dégustation.

Ce que je voulais surtout c'est vous dire que le vin est un passeur quand il est fait avec talent et humanité. C'est un prétexte au partage, à l'ivresse douce et au plaisir. C'est un remède pour le monde, et pour soi et pour ceux qu'on aime.

Ces vins sont à l'image du monde que je voudrais : généreux, surprenants, sains, aptes à émerveiller et à faire sourire, aptes à créer le dialogue, disposés à offrir une ivresse sans autre conséquence que l'ouverture aux autres.

C'est ce type de vin que je vous souhaite pour ces fêtes de fin d'année. Ce type de vin et la compagnie pour les partager.

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Vivre et partager !

Publié le 18 Novembre 2015 par Philippe CUQ

Vivre et partager !

Je vais faire court : le journaliste a parfaitement résumé le message que j'essaie ici de faire passer. Merci à lui et merci d'avoir privilégié un angle optimiste. Nous en avons besoin.

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Le Monde s'ouvre à vous

Publié le 26 Septembre 2015 par Philippe CUQ

Le Monde s'ouvre à vous

J'ai beau ne pas chercher le buzz et me concentrer davantage sur la sélection de mes vins que sur la publicité, je dois reconnaître que se voir interviewé sur 4 colonnes dans Le Monde, ça fait quand même vraiment plaisir. D'autant plus quand on on est tombé sur un vrai journaliste, synthétique et fidèle !

Et comme cerise sur le gateau, Elle se met également à parler de mes vins et vigneronnes... Ce coup-ci, c'est Véronique, du Mas Coris qui est à l'honneur !

 

Le Monde s'ouvre à vous
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La carte aux trésors...

Publié le 14 Juillet 2015 par Philippe CUQ

La carte aux trésors...

Un petit rappel utile et très pratique pour les amoureux du vin, et particulièrement ceux qui aiment les vins bio ou nature, sans forcément viser à l'exclusivité, ni à l'exhaustivité...

Vous voulez trouver de bons, de très bons vins, comme ceux-là, là, sur la photo, que vous avez peut-être déniché au fil de vos pérégrinations vacancières, chez le producteur ou chez un restaurateur qui sait vivre et qui sait recevoir (car il en existe qui prennent autant soin de leur carte des vins que de la façon dont ils élaborent leurs menus, c'est à dire qui veillent à la qualité, à la quantité et aussi aux justes prix). Ou bien vous voulez d'autres merveilles du même tonneau (façon de parler, hein ?), ou même des choses hautement recommandées par quelque blogueuse ou blogueur du genre de ceux-là :

Or, désespéré(e), vous ne savez pas où les trouver et vous ne les trouverez pour l'essentiel d'entre eux ni dans un "Repaire" qu'un dieu a déserté, chassé par Mercure, ni en grande surface, et encore moins chez N*****s, deux versions différentes de la grande distribution et de ses produits sans intérêt, la plupart du temps, quand ils ne sont pas toxiques.

Et bien c'est très facile ! Vous allez sur le lien, là, dessous, intitulé Association des Cavistes Alternatifs, et vous allez trouver le caviste qui va dans les vignes pour chercher des merveilles, découvrir des vignerons d’exception et vous faire partager des vins qu'il aime, issus de producteurs à tauille humaine.

Le mode d’emploi est simple : cliquez sur le personnage et vous aurez les infos nécessaires.

Vous noterez que que c'est en fait la carte des cavistes alternatifs de la francophonie, puisque vous pouvez aussi faire vos courses en Belgique ! Et pour nos amis suisses, il y a des frontaliers...

Il ou elle n'aura peut-être pas ces vins là, mais écoutez quand même votre caviste : il vous en proposera certainement d'autres, tout aussi admirables et d'une fréquentation fortement recommandée... Et s'il ces trois-là, ben cherchez plus !

Et pour finir, deux petits conseils :

  • Ne croyez pas que parce que c'est bon, c'est plus cher... Quand c'est cher, c'est surtout... cher.
  • Ne vous fiez pas aux réductions et autres promotions saisonnières. Pour pouvoir faire des réductions, il faut vendre plus cher au départ ou mettre à genoux les producteurs...

Bonnes découvertes, et santé !

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10000 et 1 cépages !

Publié le 11 Mars 2015 par Philippe CUQ

10000 et 1 cépages !

Je suis un fan des dictionnaires, encyclopédies et autres atlas... Depuis petit, je lis, je feuillette, je me balade dans ces sommes qui enrichissent et permettent non seulement de se cultiver pour le plaisir mais aussi de s'évader et de rêver à d'autres mondes, d'autres mots, d'autres cultures.

Gamin, je passait des heures dans l'Encyclopedia Universalis, après avoir eu le Petit Robert Illustré en livre de chevet. Plus tard, ce furent le Dictionnaire du Diable, celui des Lieux Imaginaires, l'Anthologie de la Poésie Française, et même les Baleinié... A chaque fois, je grappillais un peu de savoir et un peu d'imagination.

Et puis un jour, dans cette veine, je suis tombé sur le fantastique « Dictionnaire encyclopédique des cépages » de Pierre Galet. Et là, paf : deux passions qui se rejoignent : celle du vin et celle des livres de savoir et de voyages.

J'ai passé de nombreuses heures à me balader dans le monde au travers de l'ampélographie grâce à Pierre Galet. A lire quelles étaient les caractéristiques, les origines et les particularités de quelques raisins qui avaient croisé ma route sous forme fermentée : maréchal Foch, noah, fer servadou, negrette et autres folle blanche n'avaient plus de secrets pour moi !

Aujourd'hui, la réédition (enrichie) de cet ouvrage est un hommage à Pierre Galet, 94 ans, un homme qui a défini les bases de l’ampélographie moderne et qui a ainsi contribué à façonner le monde du vin tel que nous le connaissons. Et cette réédition fait l'objet d'une campagne de financement participatif.

N'hésitez pas à soutenir cette magnifique initiative ! Car en plus, les contreparties feront votre bonheur, ou celui de la personne à qui vous les destinez...

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Tous les chenins mènent arômes...

Publié le 10 Février 2015 par Philippe CUQ

Tous les chenins mènent arômes...

Il semblerait que la mode soit aux vins aromatisés et aux mélanges improbables, un peu poussée en cela par le marketing des producteur d'additifs chimiques alimentaires et des têtes pensantes déboussolées des producteurs de vinasse bas de gamme...

Bon. Soit.

Est-il pour autant nécessaire d'avoir recours à ce qui se fait de pire dans l'industrie actuelle : les arômes de synthèse industriels ? Ou de rajouter au toxique la vulgarité, par exemple en donnant un goût de coca à un vin ?

D'aucuns argumenteront que cela fera venir les "jeunes" au vin (le "jeune" ou "djeun" est un être mythique de la fin de la société occidentale vers le début du XXIème siècle, mal défini et paré de toutes les qualités comme de tous les défauts par ceux qui oublient qu'ils le furent), ce qui aurait pour corollaire de les voir stopper le binge drinking pour ceux qui qui s'y adonnent.

Alors là, je me gausse ("lol" en parler jeune, voire "rotflol" même) !

Qui a vu un gastronome fou de poularde demi-deuil ou de coq au vin jaune qui ait démarré sa carrière d'épicurien en commençant par s'empiffrer de nuggets sauce BBQ ?

Qui a connu un passionné d'Arvo Pärt, de Dave Brubeck, de Ferré, d'Agnès Obel ou de Barbara ayant vu naître sa passion à l'écoute de Justin Bieber ou des Musclés ?

Qui a connu un lecteur frénétique de Guy Augustin Marie Jean de Pérusse des Cars et de Marc Levy dire que ça lui a ouvert la porte de L'écume des jours, du Voyage, de La recherche du temps perdu ou encore que cela l'a conduit à approfondir la pratique du tétrapharmakon ? (encore que lire, c'est déjà un bon début et en l'espèce, cela peut marcher...)

En fait, je doute un peu de l'argument qui consiste à prétendre que donner au vin le goût du coca ou de la fraise Tagada amènera une population nouvelle à s'adonner en épicurien responsable aux plaisirs d'une consommation hédoniste et raisonné de ce que notre civilisation a produit de mieux en termes de boissons. Et je vous parie mon billet que le prochain truc à la mode sera le "France Libre", dérivé du "Cuba Libre", cocktail vin pétillant aromatisé au coca renforcé au rhum Négrita... Avec garantie de coma éthylique et sucré en moins de 10 minutes et casque intégral en béton le lendemain (option visière en plomb dès le deuxième verre)...

Comme si le vin manquait d'arômes !

Il est vrai que quand on a une alimentation à base de plats cuisinés industriels ou pire de fast-food, il est fort probable que l'on soit habitué aux goût caricaturaux, lourds, puissants et sans finesse. Il est possible également que les papilles soient détruites ou aient abdiqué devant tant de violence... J'ai encore un souvenir abasourdi de mon premier voyage aux Etats-Unis où ma compagne de l'époque m'avait amené au premier jour dans un mall, pour manger la bouffe du commun, pour mieux comprendre l’Amérique (et c'était tout à fait pertinent)... Je dis "du commun" sans ironie ni mépris : il s'agissait juste de la nourriture quotidienne de la majorité des américains dans ce coin à l'époque (Bowling Green, Ohio). On y trouvait déjà les arômes inimitables de l'huile de friture qui réjouit nos nez dès qu'on approche d'une mangeoire à malbouffe et les goûts caricaturaux de certaines friandises chimiques. Et je dis bouffe car je me refuse à appeler ça gastronomie ou même alimentation. Ceci dit, c'était parfaitement assorti au vin aromatisé au coca...

Alors oui, il est probablement plus compliqué de revenir sur un modèle de consommation totalement perverti, de travailler à l'éducation dès l'enfance, à l'école, sur plusieurs générations, d'apprendre à trouver du plaisir à la variété infinie des arômes, des textures, des couleurs... que de se servir des arômes pour caution d'une nouvelle cochonnerie industrielle, qui accompagnera idéalement les gloubi-boulgas prémâchés saturés de sucre et de graisses.

Mais si le vin manque d'arôme, c'est peut-être aussi qu'une partie de la production est indigne, non ? Sinon, personnellement, des vins qui éclatent d'arômes, je peux vous en citer assez pour vous occuper les longues soirées d'hiver... Et pas que des chenins !

Sans aller jusqu'à dire que pour tous et tout le temps, détecter les arômes de beurre, de griottes, de noix ou de citron, de pèche ou de pain grillé (cette dernière qui fait partie des fameuses notes empyreumatiques qui classent un pro dans une soirée), ou de faire la distinction entre le cassis et le bourgeon de cassis soit une obligation morale, on pourrait quand même privilégier de donner au maximum les outils de la compréhension plutôt que de baisser le niveau pour qu'il soit accessible...

Quant aux producteurs de vins qui ont des difficultés à écouler leur production et s'engagent dans la voie des premix ou des associations improbables (du Perrier dans du sauternes, par exemple), il faut qu'ils soient conscients d'une chose : lutter avec l'industrie de la mal-bouffe et du mal-boire avec leurs propres armes les mènera à coup sûr à leur perte. Dévaloriser le produit dévalorise le produit. Et c'est souvent irrémédiable. Et la puissance de feu des industriels en matière de propagande n'a aucun équivalent soutenable par des artisans qui misent sur la qualité, d'autant moins dans une société où l'Etat abdique de son rôle d'encadrement de la sécurité alimentaire et d'éducation.

Si vous voulez boire ou faire boire du vin réellement aromatisé avec des choses ajoutées dedans, nul besoin de revenir au mulsum ou au carenum, il existe déjà des vins aromatisés, dont certains sont des classiques, tout aussi fins et naturels que les bons vins : essayez donc un vin d'orange, un retsina ou une marquisette ! Pour ma part, je viens de faire une crème de cassis qui magnifie les kirs. Ça c'est du vin aromatisé !

Alors si vous voulez amener de nouvelles populations au vin :

  1. Faites du bon vin.
  2. Partez du principe que les gens ont du goût (y compris les jeunes).
  3. Éduquez les gens, donnez-leur les outils pour comprendre leur alimentation...

Oui, c'est compliqué et c'est long. On appelle ça la civilisation...

Tous les chenins mènent arômes...

Pour la crème de cassis, prendre 1,5 kilos de cassis bien mûr, l'écraser et le faire macérer 48 heures dans 2 litres de vin rouge (tiens, du Marcillac, pourquoi pas, puisque le mansois a souvent de belles notes de cassis).

Puis exprimer le jus, filtrer et peser. Puis rajouter le même poids de sucre.

Faire bouillir cinq minutes. Laisser refroidir. Embouteiller.

Idéal pour un kir avec un vin du Fel, évidemment, mais aussi pour un sirop (l'essentiel de l'alcool est parti à l'ébullition) ou pour faire un sorbet...

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Le goût des autres

Publié le 28 Janvier 2015 par Philippe CUQ

Le goût des autres

La toile bruisse régulièrement de nombreuses polémiques œnologiques. Notamment depuis quelques temps sur le sans-soufre et les vins dit "naturels" et "nature". Certain(e)s pseudo-journalistes, certains critiques dont il faut louer le rôle incontestable dans le rayonnement du vin français, certains blogueurs auto-déclarées "dégustateurs internationaux" (pour ne citer qu'un des plus arrogants), d'autres plus humbles, ainsi que d'autres intervenants sur les réseaux sociaux font assaut d'oukases, de critiques souhaitées dévastatrices, de jugement péremptoires et définitifs sur ces vins qui n'ont pas l'heur de plaire à leurs palais ou qui dérangent des années de certitudes et de classements notés entre 80 et 100 (mais où sont donc les vins notés entre 0 et 80 ?). Ceux-là sont aujourd'hui à l'attaque...

A l'inverse, certains tenant du "nature" rejettent dans les oubliettes de l'histoire les vins usants de technologies considérées comme artificielles, quelles qu'elles soient. Ceux-là ne se laissent pas faire...

On peut poser ces polémiques à plusieurs niveaux.

Le premier niveau est celui d'une querelle d'ego. Beaucoup de personnes boivent ce qu'elles aiment et en parlent sans pour autant essayer de démonter et discréditer le supposé "camp d'en face". Par contre, l'ego -- le tout-à-l'ego même -- semble explicatif de certaines prises de position outrancières, qui me semblent viser délibérément à discréditer un camp ou à asseoir une suprématie supposée sur le "bon goût". C'est un niveau que l'on trouve actuellement dans les écrits de "grands anciens" qui ont probablement peur pour leur position dominante et les recettes de publicité qui vont avec. Ils sont probablement aussi inquiets pour la rémunération de leur ego qui, si elle est symbolique, n'en est pas moins nécessaires pour ceux qui ne vivent qu'à travers les autres. Ce niveau concerne aussi quelques rémoras pinardiers, assez négligeables heureusement. Décréter ce qui est bon a souvent été l'apanage des classes dominantes, pas toujours à tort d'ailleurs ; la richesse et la puissance, même relatives ne sont pas livrées avec le mauvais goût. Ce qui est plus dérangeant, c'est cette boursouflure de soi qui amène à poser comme les tables de la loi ce qui est digne d'être bu selon Soi et ce qui doit être jeté avant même d'être craché...

Le deuxième niveau pourrait s'apparenter à la querelle des anciens et des modernes. Peut-on, doit-on utiliser toutes les technologies à notre disposition pour réaliser un vin ? Et dans ce cas, est-il représentatif de quelque chose d'autres que seulement du niveau de technologie, ou pas ?

D'un côté les apolliniens, tenant d'une nature aux ordres de la volonté humaine, maîtrisée et maîtrisable, afin d'obtenir ce qui est pour eux le sommet de la civilisation : un vin qui est considéré comme la quintessence d'un terroir car il est la plupart du temps, et grâce à la technologie, identique ou similaire à lui-même d'une année sur l'autre et dans les canons de la région, ou du producteur. Canons eux-même définis après des dizaines d'années de production ayant permis de définir un style, recherché par ceux qui veulent faire perdurer un plaisir, revivre une émotion qu'ils ont vécu une première fois... Une logique d'AOC, quoi. Qui a évidemment son intérêt et qui peut produire des merveilles (selon mon opinion et mon goût). C'est une approche qui veut croire au progrès au travers de la science et de la technologie : elle nécessite de la conscience, une éthique et des limites au risque de devenir une industrie lourde dont on sait qu'elle est toujours oublieuse de l'humain et de la nature (devenus des impondérables à éliminer des formules) au profit de l'EBITDA...

De l'autre côté les dionysiaques, plus "foutraques" en apparence, qui voient souvent la nature comme "bonne" et qui pensent que leur responsabilité est d'accompagner et non de contraindre. Une démarche qui laisse une grande part au hasard. Entendons-nous : le hasard est le mot que j'utilise pour nommer l'ensemble des paramètres qui vont faire qu'un vin va être différent d'une année sur l'autre, tout en gardant une ligne de conduite, une colonne vertébrale, une "patte" du vigneron et du terroir. Ces vignerons, de fait, font tout sauf laisser le hasard faire le vin sans intervenir, sans travailler, sans guider... Et pour ceux que je connais, ils travaillent comme des damnés pour aider la vigne à produire de beaux raisins et pour vinifier le plus précisément possible pour extraire du jus les arômes que la nature y a mis. Levures indigènes, pratiques bio poussées, sans soufre rajouté ou alors à doses infinitésimales, travail des sols réfléchis, enherbement, respect des équilibres... constituent leur credo. Là aussi, il se boit des merveilles (toujours selon mon opinion et mon goût) qui de plus sont respectueuses de l'environnement et de la santé des travailleurs de la vigne comme de celle des buveurs. C'est vrai que ces vins sont souvent sensiblement différents des "élites traditionnelles", plus sur les fruits, les arômes fermentaires, voire animaux.. mais au nom de quoi devrait-on les considérer comme déviants ? Par rapport à une norme, bien sûr. Une norme qui change, d'ailleurs, sinon, turriculae et picatum feraient les délices de nos donneurs de leçons... Ici aussi, il y a (à mon goût) des errances qui font que des vins au vernis à ongle ou à l'infusion de poney sont présentés comme des merveilles. Mais si elles le sont pour certains, pourquoi pas ?

Le troisième niveau est plus gênant, c'est celui qui est créé par la défense d'intérêts économiques. Je ferai court : il s'agit pour certains de défendre les vins produits par ceux qui ont les moyens de les rémunérer. On quitte la critique pour passer à la prostitution.

Le quatrième, c'est la guerre du goût. Pour caricaturer, trois camps sont en présence : les tenants du goût "naturel", ceux du Coca-Wine et ceux du "classicisme". Pour ma part, j'apprécie à la fois les "naturels" et les "classiques". Il s'agit là de trois cultures différentes.

L'orientation qui me semble le plus préjudiciable à l'avenir du vin est celle du Coca-Wine, qui n'a besoin de rien d'autre que de technique pour produire un vin sans intérêt, sans écarts, sans déviance, sans éthique. C'est celle justement des malheureux sans-culture dont les papilles ont été détruites par la malbouffe industrielle et le cerveau, très disponible, occupé par la publicité. Celle-là conduit à la fin des petits producteurs, la destruction de l'environnement et aux pertes d'emplois qualifiés au profit d'esclaves produisant du minerai là où les conditions de production s'exonèrent de toute limite, de toute contrainte environnementale et de tous droits sociaux. Ce devrait être l'ennemie des deux autres. Certes, ma description est apocalyptique et outrancière, mais hélas, je pense qu'elle est inexorable : une logique qui glorifie les choses et méprise les êtres dans l'unique objectif de capter du fric est fondamentalement nuisible et tend à ne jamais dévier de son objectif, à court moyen ou long terme.

Les deux autres, justement, sont issues d'approches et d'histoires différentes. Elles ne devraient pas s'exclure et c'est pourtant ce qui se dessine si on se limite à la lecture de la "glouglousphère". Elle ont en commun de rechercher du plaisir et de se partager. A l'exclusion de ceux, dans les deux camps, qui s'aiment davantage eux-mêmes que le vin qu'ils boivent et qui achètent à grand frais des marqueurs sociaux qui les identifient auprès des autres (et ça vaut pour les "naturistes").

La progression du "nature" est à mon sens inéluctable : la recherche de produits sains, les limites du système de croissance infinie dans un monde fini, l'évolution des goûts, l'amélioration continue et régulière des vins "naturels"... vont amener à sa démocratisation (enfin je l'espère, car le Coca-Wine est un vrai danger, puissant et sans limites éthiques) et d'ores et déjà, sauf pour les obtus, certains "naturels" sont des classiques. Et probablement que les vins "classiques" vont évoluer (ils le font déjà, voire l'ont déjà fait) vers des pratiques plus respectueuses de la vigne, des sols, des biotopes et des humains qui le produisent et le boivent. Il y aura toujours deux approches car c'est la complexité et la richesse des Hommes que d'avoir des opinions différentes.

Alors quoi ? Arrêtons de donner du grain à moudre aux fanatiques, à ceux qui, plus qu'aimant un type de vin, aiment détester les autres. Et respectons les préférences des autres pourvu qu'elles soient le résultat d'une histoire et d'une culture, et non du matraquage publicitaire. Partageons nos plaisirs et faisons en sorte que toutes les âmes de bonne volonté puissent comprendre ce qui nous émeut et nous fait vibrer dans un vin. Échangeons nos savoirs et nos goûts, discutons de nos cultures, offrons-les et ouvrons-les à ceux qui sont dépourvus de ces clefs. Vive les passeurs !

Le vin, n'en déplaise à quelques prohibitionnistes au front bas, est une partie de notre culture et un vecteur de sociabilité et de plaisir. Il doit rester divers et doit continuer à être l'objet de partage et de discussion. Et pour cela, acceptons le goût des autres.

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Prohibition, piège à...

Publié le 27 Janvier 2015 par Philippe CUQ

Prohibition, piège à...

J'aime le vin. J'aime en parler, j'aime en discuter avec d'autres qui partagent cet intérêt. J'aime lire des avis le concernant, des critiques, des écrits techniques ou poétiques, ou encore philosophiques. Et j'oserai même dire que je trouve les personnes qui en usent comme d'un pourvoyeur de plaisir bien plus intéressantes que les abstinents... Or aujourd'hui, une bande de prohibitionnistes -- dont je trouve les comportements sectaires et attentatoires à ma liberté, aux libertés en général -- sont en train de mener un intense lobbying pour interdire tout cela. Outre le fait de considérer le vin comme un terrible poison, le fait même d'avoir un nom de cuvée qui évoque quelque chose d'agréable, de positif ou de plaisant les révulse.

Fini, les "Chasse-Spleen" (trop médical), "Point G" (trop jouissif) et autres "Pom'n'Roll" (trop dansant), "Tombé du Ciel" (trop spirituel) ou 'Brise d'Aunis" (trop drôle)...

Terminée la culture millénaire qui a conduit notre pays au sommet du bien-vivre, qui a associé Bordeaux ou Saint-Amour au partage, à la douceur de vivre, au prestige et au bien-manger...

Voici venu le temps des prohibitionnistes subventionnés, payés par nos impôts, dont la mission est de rendre triste, d'interdire le plaisir conscient et mesuré, de rendre illégale une culture bimillénaire... Et de détruire en passant la seule filière économique réellement rentable et non-délocalisable de notre pays.

Mais en ces temps de "libéralisme" triomphant -- faux-nez d'un totalitarisme cupide et amoral qui nie les cultures, ruine les écosystèmes, détruit les Hommes -- il est logique qu'une pensée hédoniste et libre soit pourchassée par les tenants de la vie triste, pauvre et soumise, inhérente au retour en force du conservatisme dans les pays européens.

Prohibition, piège à...

La prohibition, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, c'est l'action d'interdire quelque chose par voie légale ou réglementaire. L'exemple le plus connu fut la prohibition de la vente de boissons alcoolisées aux Etats-Unis entre 1919 et 1933. On sait moins que la Norvège et la Finlande firent la même démarche, à peu près au même moment, ainsi que la Russie, ou des parties du Canada. Mais eux n'eurent ni Capone ni Elliot Ness, ni plus tard Hollywood pour en faire une geste mythique.

On peut comprendre qu'il soit souhaitable d'interdire certaines choses ou comportements pour le bien individuel ou collectif, ou encore dans l'intérêt d'une société harmonieuse, encore que cela doive être sujet à débats entre citoyens éclairés (c'est à dire à qui l'Etat a donné les moyens culturels de participer au débat). Interdire sans débattre est une erreur, et souvent le fait d'un système totalitaire, ou qui tend à le devenir (par exemple, un système oligarchique qui nie l'existence de toute politiques alternatives à celle appliquée), de même que ne rien interdire serait une faute...

Un peu perturbé par les écarts de langages d'un ahuri prohibitionniste (oui, je parle de l'Elineau de l'ANPAA, là : http://lelieuduvin.over-blog.com/-tout-ce-qui-est-excessif-est-insignifiant.-r%C3%A9ellement), je suis allé regarder du côté de la prohibition américaine du début du 20ème siècle... Un regard rapide pour seulement l'effleurer car un tel sujet pourrait faire (et a assurément fait) l'objet de plusieurs thèses...

Les motivations qui conduisent à souhaiter la prohibition s'organisent notamment autour de quelques axes : la recherche du bien public, la morale (souvent de la "moraline" nietzschéenne) ou encore la politique et l'économie...

Pour la question morale, on peut revenir aux fondements de la morale chrétienne. Pas celle de Jésus hélas, mais celle de Saint Paul, qui devait pas souvent rigoler sauf, peut-être, quand il martyrisait un chrétien avant de le devenir lui-même. Celle-ci s'inscrit dans un ascétisme qui exclue tout plaisir -- une façon de voir la vie comme un moyen de préparer sa mort et le devenir de l'âme -- et qui conduit à interdire aux buveur une jouissance considérée comme contraire aux préceptes de la morale. On pourrait rappeler à ces gens-là que Jésus buvait du vin et même qu'il en créait, en plus pour faire la noce !

S'agissant d'économie, un des effets constaté les plus "intéressants", c'est le renchérissement des produits concernés qui permet la structuration de groupes mafieux. Leur enrichissement rapide leur permet ensuite si besoin d'acheter des armes au besoin mais surtout de l'influence politique (on réexaminera avec intérêt la construction de la fortune de Joseph Kennedy, et on se penchera également utilement sur les narco-états comme le Mexique, l'Afghanistan ou le Myanmar). Comment dit-on déjà ? Ah, oui : de Charybde en Scylla...

Quant au bien public, s'il était possible qu'un groupuscule de fondamentalistes sectaires puisse le définir, je pense que ça se saurait. Transformer une nation démocratique en contrée hygiéniste ne peut être le fait que de personnes indifférentes aux droits comme aux devoirs citoyens, allergiques aux libertés et au libre-arbitre. Le vrai bien public serait, dans une société idéale qui n'existe hélas pas, de permettre à chacun d'avoir les outils intellectuels et culturels pour gérer une consommation raisonnée qui ne mette en danger ni soi-même ni autrui, et ceci sans exclure la répression parfois nécessaire ni l'accompagnement du sevrage lorsque la consommation met en danger la santé.

Pour ce qui est de la politique, et en simplifiant, il me semble que les interdit sont le plus souvent le fait de deux types de gouvernements.

Les premier sont les régimes de type totalitaire, qui ont l'interdiction dans leur code génétique, quel que soit l’objet d'interdit, où répression et prohibition sont des outils d'affichage de la puissance et de la maîtrise totale du régime sur la population.

Les deuxième sont d'une sorte en développement rapide aujourd'hui, qui allient cynisme, impuissance et absence de projet. Le cynisme d'abord car la prohibition s'applique aux classes inférieures, pour leur bien, qu'ils sont évidemment incapable de penser par eux-mêmes (ce en quoi on les aide en abandonnant progressivement l'éducation et la culture au Marché, c'est à dire à l'argent) ; les oligarques disposant de moyens pour s'adonner aux addictions interdites au tout-venant. Impuissance car parallèlement à des addictions ou des usages raisonnés, qui peuvent effectivement porter préjudice à la santé publique même à la marge, d'autres dangers sont laissés à leur libre développement. Car eux sont portés par des intérêts plus puissants que ceux qui gouvernent, quand ces intérêts ne sont pas simplement les patrons de ceux qui gouvernent. On parle ici de pollution, d'OGM et de leur corollaire les pesticides massivement utilisés, des additifs alimentaires (19 ingrédients dans une frite McDo !)... L'absence de projet enfin, qui ne permet pas de proposer un avenir et de construire, mais simplement de brider, contraindre, légiférer (nous sommes et de loin les champions du monde de la législation, essentiellement répressive évidemment) et qui tend à ne considérer et renforcer que les devoir du citoyen vis-à-vis d'un Etat qui ne le représente plus et qui ne se définit que par les interdits qu'il crée.

"Jouis et fais jouir sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà, je crois toute la morale" disait Chamfort. Et c'est bien là une règle que chacun devrait méditer.

De fait, les effets de la prohibition sont nombreux mais assez éloigné des intentions initiales affichées de ses promoteurs. Si la moraline ne provoquait pas l'aveuglement, peut-être auraient-ils pu anticiper et comprendre que la meilleure lutte contre les addictions et les excès, c'est l'éducation ? A moins que ce ne soit vraiment ces effets-là qu'ils recherchent ?

En réalité, sans pour autant nier l'existence de tout problème de santé, être prohibitionniste c'est nier l'intelligence et le besoin de plaisir ; vouloir imposer l'interdit sans débattre, sans éduquer, c'est faire le pari du mauvais en l'Homme.

En attendant, et en accord avec mon approche hédoniste, je ne peux que vous recommander de voir le vin comme une boisson de plaisir, à consommer avec modération, mais surtout en partage avec des ami-e-s. C'est bien comme cela que l'on transforme une simple boisson en plaisir...

I don't think prohibition is practical. The Germans, you see, prevent it. Look at them. I am sorry to learn that they have just invented a method of making brandy out of Sawdust. Now, what chance will prohibition have when a man can take a rip saw and go out and get drunk with a fence rail? What is the good of prohibition if a man is able to make brandy smashes out of the shingles of his roof, or if he can get delirium tremens by drinking the legs off his kitchen table.

Marc Twain

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Le calendrier de l'Avin, d'Eva, et mon vin, à moi...

Publié le 5 Décembre 2014 par Philippe CUQ

Le calendrier de l'Avin, d'Eva, et mon vin, à moi...

Pour la cinquième année, Eva (une des fées de ce monde magique du bon vin) nous offre pour les fêtes son calendrier de l'Avin : chaque jour un amateur de la toile présente un de ses vins préférés, dans cette période de préparation de fête. Voilà ma petite contribution...

Dans ma façon d’appréhender le monde du vin, il est un paramètre tout aussi important que la qualité du raisin ou l’expertise technique de la vinification. Ce paramètre, c’est l’humain.

Grace à Eva, déjà, j’ai eu l’obligation de me replonger dans une bouteille selon mon cœur. Ce n’est pas la plus chère, ni la plus originale, ni rien de vraiment plus que les autres. Mais elle est tout à la fois (pas Eva, la bouteille, quoique). Elle est sobre et d’un joli rouge (pas Eva, la bouteille). Elle est très sympathique et la rencontrer est l’assurance de passer un moment agréable, plein de bonne humeur et de sourires complices (Eva comme la bouteille). Elle vient de pas très loin où est partie Eva (avec Laurent, pas avec la bouteille, elle en trouvera sur place, pas des Laurent, mais des bouteilles). Bref…

Ce vin, c’est « Que Votre Joie Demeure », un vin accouché par Gérard Marula, le grand gars de Thizay. Je le dis magicien. Ce qu’il réfute. On va le dire maïeuticien du coup. Un joli mot pour l’accoucheur de terroir, le papa de ce cabernet-franc léger mais mûr, fruité, joyeux…

Ca fait pas longtemps que Gérard a repris ces vignes, jusqu’ici soumises à la chimie, mais là, après quelques années, on commence à voir se dessiner ce qui différencie les vins des vignerons que j’aime des autres : c’est la vie. Il est vivant ce Chinon. Il bouge à l’aération, il hésite entre des arômes puis vous les offre les uns après les autres ou en même temps selon son humeur. Un peu comme Gérard partage ses vins et ses émotions.

On dirait, comme le roman de Giono, que ce vin veut illustrer la nature, rendre heureux… C’est simple et complexe, la framboise le dispute à la cerise, le corps à la complexité et le temps d’une carafe le bonifie, lui laisse le temps de s’ouvrir. La constante, c’est le plaisir pris à le partager. Ce vin a juste la prétention d’être ce qu’il est : un vin simple, qui peut assumer un rôle de vin de soif, mais il apporte systématiquement en plus de la bonne humeur et se tiendra correctement à table !

Alors je ne sais pas si vous le prendrez pour le repas de Noël (moi je ne patienterai pas jusque-là !), mais je vous assure que d’ici-là, pour vos envies d’apéro, vos volailles ou juste pour le plaisir avec des ami-e-s, vous pouvez y aller, on a essayé pour le 4 heures il y a quelques jours, avec celui qui me l’a fait découvrir, mon ami Stéphane, et deux autres de passage. Ça a marché, je vous l’assure ! Il me suffisait de regarder les petites étoiles dans leurs yeux…

Ah, une dernière chose… Tu peux me faire des magnums dès que tu peux, mon Gérard ?

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