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Idées, informations, débats... sur le vin, l'oenologie, la gastronomie, la culture... Selon une approche tournée vers le plaisir, l'hédonisme, la curiosité et l'épicurisme.

La vérité est humaine

Publié le 9 Octobre 2016 par Philippe CUQ

Loin des oukases prétentieux et ridicules de certains arbitres des élégances -- qui en manquent singulièrement -- il est possible de trouver, en paix avec soi et le monde, des moments particuliers où le vin est un médiateur entre le réel et les rêves. Sans devoir en abuser, sans appeler à quoi que ce soit d'autre que le moment présent et un partage impromptu avec une sœur ou un frère humain qui passe.

Le vrai talent c'est de faire émerger le potentiel d'un terroir et des raisins qui y sont nés : c'est la maïeutique du vigneron. Il ne s'agit pas de corriger ou d'imposer, de maquiller, de tromper, mais de faire des choix, de les assumer et d'accompagner.

Le vin se fait à la vigne, ensuite on l'accompagne.

Pas de nécessité idéologique de se poser la question du vin nature ou pas nature, du sans souffre ou du souffre et si oui, combien, la question n'est pas vraiment là même si elle a un intérêt. Il s'agit essentiellement de regarder, de raisonner, de comprendre, puis d'agir, ou pas, d'intervenir, ou pas, de corriger, ou pas. Il s'agit de faire appel au cœur et à l'intelligence tout autant qu'au savoir-faire, en pensant à long terme (c'est long une vie, et d'autres vont suivre).

Il s'agit aussi de faire confiance. De se faire confiance et de faire confiance à Dame Nature. Mais comme dans les affaires humaines, la confiance ne se décrète pas : elle se construit. Donnez aux vignes ce qui leur est nécessaire, apprenez-leur progressivement à trouver par elles-même les ressources vitales et il est fort probable qu'elle vous le rendra. Sous forme de grappes aptes à exprimer leur terroir et à vous autoriser d'y mettre votre signature.

Evidemment, quand j'envisage la possibilité ou la nécessité de corriger ou d'intervenir, c'est avec mesure et après réflexion. Il me semble incongru, voire totalement irresponsable pour soi et les autres, d'utiliser toute la pharmacopée industrielle qui détruit progressivement le monde, le stérilise et nous gratifie au passage de jolis cancers. Il y a bien d'autres moyens, plus compatibles avec la nature et la vie biologique des sols, à commencer par les pratiques culturales (densité, conduite, type de travail du sol, complémentarité sol/porte-greffe ou cépage/climat, approche systémique du biotope...) et des traitements respectueux des équilibres du vivant... et de sa propre santé et de celle de ses voisins.

J'aimerais entendre ceux qui hurlent aux scandale dès qu'un vin a 2g d'acidité volatile hurler aussi fort dès lors qu'une enquête fait apparaître 14 résidus de pesticides dans un vin dont la "prestigieuse" marque arrive comme par miracle à sceller la plume des Don Quichotte pourfendeurs de vins naturels (lire ici par exemple)...

Ceci dit, probablement que pour beaucoup, le "bon goût", notion principalement subjective et éminemment contextuelle et culturelle, a beaucoup plus d'importance que la santé publique, qui pose pourtant des problèmes concrets autrement plus objectifs et beaucoup plus graves.

Je suis toujours surpris quand de "grands anciens" s'arrogent le droit de définir le bon goût et les bonnes pratiques, qu'ils soient vignerons, restaurateurs, critiques ou quoi que ce soit d'autre d'ailleurs. Je suis choqué quand certains soutiennent des pratiques toxiques et s'amusent des "bios rétrogrades" qu'ils essaient de ridiculiser en faisant croire que la technique de pointe et la compétence sont l’apanage des producteurs industriels.

Je préfère de loin les vins de ceux qui pratiquent une agriculture pensée, réfléchie, qui vise non seulement à faire les vins qu'ils ont envie de boire eux-mêmes mais qui en plus agissent de façon à minimiser leur impact sur l'environnement.

Leur magie vient de leur humanité, pas du marketing fut-il bling-bling ou hyper-traditionaliste. Ils ne sont ni des truqueurs, ni des mages ; leur passion rend leurs vins magiques. C'est ça la part d'humanité et de naturel qu'ils mettent dans leurs bouteilles : la passion. Pour faire un "Ange", Gérard Marula travaille, pense, rêve. Pour faire Pélissols, Vincent Bonnal bosse et met à profit ses expériences internationales et sa connaissance de plusieurs cultures. Et en oublie parfois de se raser...

On est libre de les aimer, ou pas. D'aimer leurs vins ou pas. Ce qu'on doit leur reconnaître, c'est que leurs vins sont faillibles, pas toujours parfaits, mais tellement profonds, si intéressants, parfaitement aimables, très différents... Chacun propose une vérité. Chacun a mis une part de transcendance.

Humains, tout simplement.

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Capitain 04/12/2016 15:46

Superbe !

Philippe 08/12/2016 14:42

Merci