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Idées, informations, débats... sur le vin, l'oenologie, la gastronomie, la culture... Selon une approche tournée vers le plaisir, l'hédonisme, la curiosité et l'épicurisme.

La secte, le gourou et la bouteille de vin

Publié le 6 Octobre 2016 par Philippe CUQ

Je suis un buveur de vins dits naturels. Oui. Et même j'en vends. Oui.

Je bois également des vins conventionnels, plus rarement il est vrai, et je me limite généralement à quelques-uns faits par des gens que je connais, dans des conditions que je considère "soutenables", et parfois à de grands crus relativement anciens, ou très anciens (j'ai beaucoup de chance d'avoir de bons amis, et j'ai eu aussi celle de me constituer dans le temps une cave plus qu'enviable). Et j'en vends aussi, même si c'est anecdotique. Je ne suis pas sectaire mais j'ai des convictions.

Pour certaines personnes qui ont une approche très curieuse des relations humaines --je dirais même pathologiquement biaisée--, je suis donc membre d'une secte, au titre de la première des deux assertions précédentes. Et pour les plus atteints d'entre eux, je flirte même avec une dérive fasciste, surtout si je m'avance à relever quelques-unes de leurs conneries...

Le fait d'avoir fait le choix conscient de privilégier des vins sains, élaborés en pratiques biologique, biodynamique et sans ajouts de sulfites (ou avec peu de sulfites et pas plus de béquilles chimiques ni de pasteurisation pour le remplacer), ferait donc de moi un individu dangereux, obscur, malveillant, voire en train de menacer l'ordre social ? Au mieux un suiveur dominé par des techniques de manipulation mentales dont la Guépéou, Monsanto, le 国家安全部, ou Bolloré auraient rêvé ?

Le redouté grand gourou Antonin Iommi-Amunategui, forcément machiavélique et dont l'objectif est de conquérir le monde, en commençant par Paris évidemment, serait donc mon maître ?

Je reconnais en effet avoir participé à ce que certains voient comme des rituels sectaires et obscurs. Des riyuels qui ont essentiellement consisté à ouvrir en rafale des bouteilles de vins naturels, puis à psalmodier des formules incantatoires comme "il sent pas un peu le renard, non ?", "vas-y, sors-y le gaz !", "l'Anglore, j'en veux encore !" ou "y'a d'la pomme ? Y'en a aussi !". Rituels immanquablement suivis de gloussements rythmés (des rires), d'attouchement (la bise aux arrivants, ou aux partants, essentiellement) et d'absorption de substances hallucinatoires (les-dits vins naturels, mais aussi leurs compléments solides, allant de la viande de cochon en salaison au tartare de Saint-Jacques aux truffes...).

Alors évidemment, pour certains Zemmour pinardiers c'est le mal-être et l'aigreur qui conduisent de pauvres gens à s'abandonner à cette secte et à son impitoyable gourou. Dans ces moments de perdition, l'on partage ivresse, bons mots, plaisir et jus de raisins fermentés... pour oublier notre pénible conditions d'Hommes libres et de mortels. Car la liberté effraie autant que la mort.

Que reprochent donc les contempteurs de la "secte" des buveurs de vins naturels à ses membres sinon d'oser boire en dehors des clous, de se rire des apôtres du "bon goût" et de s'ouvrir à des goûts oubliés, voire méprisés, comme le furent ceux des hybrides ou des "cépages modestes" ?

Cette bouteille-ci, par exemple, est représentative de ce qu'il ne faut pas faire : jeune vigneron par passion de près de soixante ans, qui parle de son nouveau métier avec des vibratos dans la voix, un vin de cœur qui est né des vignes du grand-père et de cépages inusités, voire méprisés, un goût légèrement foxé, fruité, un vin qui s'ouvre lentement pour amener vers un voyage inconnu, mais si plaisant...

Du jurançon noir, du fer servadou, et dans les "petits" cépages, de l'othello, du couderc du 54-55, du seibel... Rien de courant, rien de normé. Un vin de secte pour certains peut-être car si différent. Un vin fait par plaisir et pour le plaisir, pour le partage. Un vin courageux car hors de tout repère.

Si ce vin est un vin sectaire, je fais partie de cette secte, et il me tarde d'en partager une avec mon cher gourou ! Librement...

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